Les difficultés croissantes d'accès aux films pour les cinémas Art & Essai

 

Les modalités d'accès aux films en France : le fruit d'une négociation commerciale

La programmation d'un établissement s'effectue soit à la semaine, si l'exploitant privilégie l'actualité cinématographique et l'adaptation à la demande de la clientèle, soit tous les quinze jours, trois semaines ou au mois, s'il souhaite "accompagner" les films par un programme éditorialisé et favoriser une fidélisation de la clientèle. Cette seconde formule est privilégiée par les cinémas Art & Essai dont les œuvres proposées ont souvent besoin d'un soutien rédactionnel puis du bouche-à-oreille, et du temps pour "trouver" leur public. 

 

Concrètement, la programmation s'opère le lundi (pour une diffusion le mercredi) à travers un contact téléphonique avec le ou les distributeurs des films retenus par l'exploitant, ou par son programmateur s'il adhère à une entente de programmation. La négociation porte principalement sur quatre points :

  1. La disponibilité d'une copie. Chaque distributeur dispose, lors de la sortie nationale, d'un nombre limité de copies, dont il organise le placement dans les cinémas en tenant compte à la fois du nombre de copies "tirées" (fonction du potentiel d'entrées attendu ou pressenti au plan national) et d'une hiérarchie des villes et des établissements établie en fonction (également) du potentiel supposé de fréquentation. Ce "plan de sortie initial" peut faire l'objet d'un élargissement au cours des semaines suivantes si le film rencontre un succès tel, que le nombre de copies en circulation est insuffisant. L'accès à un film peut être conditionné à la diffusion d'autres films du même distributeur qui n'ont pas forcément le même potentiel de fréquentation ni le même intérêt cinématographique.
  2. La durée d'exposition du film : une ou plusieurs semaines ;
  3. L'exposition du film dans la semaine et, le cas échéant, les semaines suivantes : "plein écran" (un seul film affecté à une seule salle durant toute la semaine de programmation) ou nombre de séances (voire horaires dans certains cas) ;
  4. Le taux de location du film (pourcentage de la recette guichet nette versée au distributeur au titre des droits de diffusion du film en salle), sachant qu'il est de 50% durant les premières semaines et qu'il peut baisser (mais pas obligatoirement) à partir de la quatrième semaine.

Les tarifs font en général l'objet d'un "accord" pour une période assez longue, et n'ont donc pas à être rediscutés à chaque négociation de programmation, sauf cas exceptionnels (film en 3D notamment). 

Cette négociation, comme dans toute négociation commerciale, est avant tout un "rapport de force" entre le distributeur qui cherche à maximiser l'exposition de son film et la recette guichet, et l'exploitant/programmateur qui tente d'obtenir le film au potentiel commercial et/ou artistique (pour les cinémas Art & Essai) le plus fort, ou qui s'inscrit pleinement dans la ligne éditoriale de sa programmation.

 

Les spécificités des cinémas Art & Essai se heurtent à la concurrence des multiplexes pour l'accès aux films "porteurs" de ce segment

La programmation d'un cinéma Art & Essai présente plusieurs particularités, dont quatre impactent directement sur les modalités d'accès aux films :

  • Elle revêt une diversité d'œuvres : films jeune public, films d'auteurs, films Art & Essai "porteurs", cinématographies peu exposées, films du patrimoine…
  • Elle nécessite souvent de maintenir les films à l'affiche plusieurs semaines ;
  • Elle est "portée" par quelques médias spécialisés, et très influents sur le public, et donc sur la fréquentation (Télérama, Les Inrockuptibles) ;
  • Elle est concurrencée depuis quelques années et de façon croissante par les multiplexes qui complètent leur programmation traditionnelle "généraliste" par des films Art & essai français à fort potentiel commercial et étranger en version originale sous-titrée (cf rapport 2010 du Médiateur du cinéma).

Ainsi, la programmation d'un cinéma Art & Essai, surtout en zone concurrentielle, s'avère plus difficile, d'autant que les distributeurs de ce segment de films sont souvent des petites structures à l'économie fragile :

  • Difficulté à obtenir des films "porteurs" de l'Art & Essai" en sortie nationale (type The Artist, De rouille et d'os…) ;
  • Conditions d'exploitation difficiles à consentir : exposition "plein écran", nombre de séances minimum, nombre de semaines imposé, minimum garanti (montant minimum du reversement garanti au distributeur au titre de la location des droits de diffusion du film en salle, de l'ordre de 300 euros) ;
  • Conditions d'exploitation auxquelles peuvent s'ajouter, même si cela est illégal, des conditions sur la contribution numérique due par le distributeur (entre 450 et 600 euros).

Une situation plus difficile encore pour les cinémas mono écrans Art & Essai

La principale difficulté dans la programmation des cinémas mono écrans réside dans l'absence totale de souplesse dans l'exposition des films et la durée d'exploitation. Ainsi, pour un film dont le distributeur aura imposé, par exemple, une exposition sur 3 ou 4 semaines dont 2 semaines en "plein écran", et dont les résultats de fréquentation s'avèrent en dessous des prévisions dès la première semaine, l'exploitant ne pourra ni réduire le nombre de semaines, ni prendre un autre film en multidiffusion, ni interrompre sa diffusion au risque de n'avoir plus aucun autre film du même distributeur. A l'inverse, un complexe pourra toujours déplacer le film dans une petite salle.

 

Cet aspect présente un caractère aggravant pour les cinémas mono écrans Art & Essai, en particulier ceux qui visent le label Recherche & découverte et dont les films programmés affichent, en général, un potentiel commercial très incertain.

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